Territoire d'une louve

14 avril 2017

Le cancer de sa propre espèce.

J'ai mal à la gorge. J'ai toujours mal quelque part, comme si mon corps me rappelait à l'ordre à l'instant même où mes paupières épousaient chaque nouveau matin. Rien n'est simple, il ne faudrait pas que je l'oublie. La vie, le monde. L'humain. La vie. La guerre. Cette dernière douleur possède un coeur de pierre qui, depuis la nuit des temps, ne subit aucune fissure. 

Mais rien ne justifie la guerre. Rien.

La guerre a été inventée au moment où l'Homme a réalisé qu'il était bien plus simple de détruire, et de tuer l'autre, plutôt que de deviser afin de comprendre ses différences.

L'Homme est devenu le cancer de cette planète, alors qu'il aurait pu devenir si bienveillant. En 2017, l'Homme engendre le chaos sans effort. Par avidité, par égoïsme. L'Homme est devenu le cancer de sa propre espèce. Aujourd'hui, leurs armes sont perfectionnées, leur conscience s'est endormie, leurs idées sont aiguisées afin de toujours mieux se justifier leurs actes, comme s'il était tout à fait normal de continuer ainsi, dans ce tourbillon infernal qu'est la destruction, la peine, et la mort. 

Je rêve que le fléau de l'humanité, la guerre, soit banie de la Terre à tout jamais. Je refuse d'accepter l'éventualité que ce fléau soit si tragiquement lié à cette nuit dépourvue d'étoile qu'est le racisme et la guerre, et que l'aube luminescente de la paix et de la fraternité ne puissent jamais devenir une réalité. Je crois que la vérité désarmée et que l'amour inconditionnel auront le dernier mot.

 

 

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10 avril 2017

Parfois, ils ne seront qu'indifférence, et disparaîtront.

what we talk about when we were talking

Gandhi disait "Le bonheur, c'est lorsque nos pensées, nos paroles et nos actes sont en harmonie".

Cependant, si tu agis en suivant ce que tu penses et les valeurs que tu défends, tu risques de ne plus correspondre à ce que les autres attendent de toi. Alors, ils te diront que tu as changé, te trouveront bon nombre de qualificatifs plus ou moins négatifs, et adopteront une attitude défensive à ton égard. Parfois même ils seront agressifs, et blessants, tant dans leurs paroles que dans leurs actes. Parfois, ils ne seront qu'indifférence, et disparaîtront, ne devenant rien d'autre qu'un fantôme virtuel. 

Pour lors, n'oublie jamais que tous ces qualificatifs et comportements ne te regardent pas. Ils ne sont que le jugement de l'autre, déçu, car tu ne comble plus ce à quoi il aspirait. Tu ne représentes plus ce spectre de lui-même, l'autre ne se reconnaît plus en toi. 

Il s'agit de comprendre que les êtres qui nous entourent nous aime car ils se reconnaissent en nous. S'ils sont amenés à ne pas vous tolérer, s'ils sont amenés à vous ignorer, ou à être indifférents, c'est qu'ils ne se reconnaissent pas/plus en toi. Ou encore : ils reconnaissent en toi ce qu'ils détestent en eux-mêmes.

Le bonheur, ce n'est pas être entouré de plein de personnes. Le bonheur c'est justement d'être tellement en harmonie avec soi-même, que l'on a plus BESOIN d'être entouré. 

Il s'agit d'une vérité subjective, d'une ligne personnelle de conduite, car mon enfer c'est les autres, me permettant d'atteindre mon propre bonheur et non d'une vérité générale. Chacun articule avec autrui à sa manière.

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30 mars 2017

De dentelle et de plomb.

C'est alors que le soleil cognait sur ma nuque, tandis que je travaillais profondément en choeur avec la voix de Peter Murphy. Les mots vinrent mais s'en allèrent aussitôt, hâppé par l'odeur du lila blanc de sous ma fenêtre grande ouverte en cette douce journée du 30 Mars 2017. 

Juin2016

03 Juin 2016

Je suis de dentelle et de plomb. Je sors, les yeux grands ouverts, mais voguant encore dans le sillage et l'assurance de mes nombreux rêves. Je suis surprise par mon automatisme, qui fait que les autres m'ignorent. Je traverse la vie quotidienne sans lâcher la main de ma nourrice astrale, tandis que mes pas s'accordent et s'harmonisent aux intentions obscurs de mon imagination somnolante. Cependant, je marche. Je ne trébuche pas. J'existe.

Mais au premier relâchement, dès que je n'ai plus besoin de surveiller ma marche, pour éviter les véhicules ou ne pas gêner les passants, dès que ne j'ai plus la pénible obligation de franchir une porte proche, alors je pars de nouveau dans les flots du rêve, comme un bateau de papier à bouts pointus fraichement plié.

C'est au beau milieu de la vie que le rêve déploie ses vastes cinémas. Je descends une rue irréelle de la ville de Fontenay-sous-Bois, et la réalité des vies qui n'existent pas m'enveloppe tendrement le front d'un tissu blanc de faux souvenirs inconscients. Je navigue sur une mer ignorée de moi-même. J'ai triomphé de tout, là où je ne suis jamais allée. Et c'est une brise nouvelle que cette somnolence dans laquelle je peux avancer, penchée en avant pour cette marche sur l'impossible.

Chacun de nous a son propre alcool. Je trouve assez d’alcool dans le fait d’exister. Ivre de me sentir, j’erre et marche bien droit. Si c’est l’heure, je reviens travailler, comme tout le monde. Si ce n’est pas l’heure encore, je vais jusqu’à la rivière pour regarder la rivière, comme tout le monde. Je suis pareil. Et derrière tout cela, il y a mon ciel, où je me constelle en cachette et où je possède mon infini.

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26 mars 2017

Soyez lucides, et indignez-vous.

Edgar Morin disait que le pourcentage de voleurs est le même dans toutes les communautés, même chez les gendarmes. 

C'est d'une évidence imparable. Comment peut-on, en 2017, pointer du doigt une communauté X ou Y en généralisant bêtement, sans prendre la peine de réfléchir ? Comment peut-on vivre dans un pays laïque et ne pas même en connaître la définition, et/ou ignorer totalement ce principe ? Pour un esprit laïque, communauté et solidarité sont à la fois les sources de l'éthique et les conditions du bien-vivre en société. 

Sauf que tout repose sur une logique égocentrique. Chacun porte en soi cette double logique qui le met littéralement au centre de son monde, au "moi d'abord". Ainsi que cette logique du "nous", c'est-à-dire au besoin d'amour et de communauté (famille, groupes d'appartenance, partis etc.). Malheureusement, la logique égocentrique s'est surdéveloppée, et la logique du "nous" collectif s'est "sous-développée". Il me semble nécessaire de prendre du recul, de comprendre mieux ce principe de laïcité, de comprendre également que "le pourcentage de voleurs est le même dans toutes les communautés, même chez les gendarmes", et de réapprendre ce qu'est la solidarité.

Au sein du Manifeste Roosevelt (2012 -  il vise « une politique du vouloir-vivre et re-vivre, qui nous arrache à une apathie et à une résignation mortelles »), nous pouvons lire "Nos dirigeants semblent totalement dépassés : ils sont incapables aujourd'hui de proposer un diagnostic juste de la situation et incapables, du coup, d'apporter des solutions concrètes, à la hauteur des enjeux. Tout se passe comme si une petite oligarchie intéressée seulement par son avenir à court terme avait pris les commandes." 

Les dirigeants "people", les dirigeants "twitter" actuels, ceux qui, même en ayant un casier judiciaire, en étant en situation de fraude extrême, ceux qui volent le petit peuple, ceux qui méprisent le petit peuple, ceux qui ignorent totalement ce qu'est le chômage, le RSA, les restaus du coeur, ceux qui n'ont jamais de leur vie empruntés le bus ou le RER. Ceux qui n'ont même jamais compris le principe de laïcité, de solidarité, de communauté, d'éthique. Comment peuvent-ils proposer un diagnostic juste ? Ceux-là, mais que font-ils encore en route pour la présidence ? Comment ceux-là peuvent-ils encore avoir le droit et la légitimité de prétendre pouvoir et vouloir diriger notre pays ? Comment peuvent-ils encore apparaître sur nos écrans de télévision, alors que nous, petit peuple, serions déjà amendés pour pas même un quart de ce qu'eux osent faire ? Un diagnostic juste suppose une pensée capable de réunir et d'organiser les informations et connaissances dont nous disposons, mais qui sont compartimentées et dispersées.
Et ceux-là n'en ont aucune ! Aucune. 

Monsieur Edgar Morin disait encore "Une telle pensée doit être consciente de l'erreur de sous-estimer l'erreur dont le propre, comme a dit Descartes, est d'ignorer qu'elle est erreur. Elle doit être consciente de l'illusion de sous-estimer l'illusion. Erreur et illusion ont conduit les responsables politiques et militaires du destin de la France au désastre de 1940 ; elles ont conduit Staline à faire confiance à Hitler, qui faillit anéantir l'Union soviétique."

Alors, soyez lucides, et indignez-vous. 

Se tromper d'ennemi est dangeureux.

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21 mars 2017

Louis, les loups et la méditation.

Hier, une missive fût déposée dans mon humble boîte mails par Louis, un lecteur assidu de Territoire d'une louve. Merci pour tes mots, ainsi que pour tes gentillesses. Merci aussi d'avoir compris que je n'écrivais pas pour être lu, mais pour me décharger du poids des jours qui passent. Aussi j'aime les mots, la langue française, prendre le temps des tournures, de choisir le bon mot, la bonne ponctuation. C'est vraiment agréable de lire qu'il existe encore des personnes qui prêtent attention à cela sans jugement néfaste. Merci enfin pour cette riche discussion autour de Lynch, Noé, Scorsese, Polanski.

"Méfie-toi toujours des imbéciles, ils sont plus dangereux que les loups", me disais-tu. Je suis d'accord. Mais, sous ce brouillard gangrené par leurs fatigues d'hier, des millions d'hommes s'éveillent, déjà éreintés d'aujourd'hui. Un homme épuisé n'est rien d'autre qu'un corps vide, à l'image de l'imbécile. Aussi devons-nous nous méfier des imbéciles, ainsi que des éternels éreintés ? Et pourquoi donc nous méfier ? Il me semble que tout cela n'est qu'une vaine tourmente. Le seul voyage qui compte est celui que l'on fait sans même bouger : à l'intérieur de soi-même. En psychothérapie on préfère le choc qui nettoie, au mensonge qui empoisonne. Ce voyage en soi-même provoque définitivement un choc, mais se connaître bien permet de ne pas se mentir jamais. Et de ne pas mentir tout court. Si un imbécile ou un éreinté entreprend ce voyage, sera-t-il capable de se connaître bien ? Là, il serait en mesure de comprendre mieux. Et puisque comprendre permet la tolérance et la compassion, en sont-ils incapables sans ce voyage vers soi-même ? Et, puisque tolérer et compatir sont des notions sincèrement liées à l'amour. Les imbéciles et les éreintés sont-ils incapables d'aimer sincèrement (sans aucune notion d'intérêt quelconque) ?

Et oui Louis, je pense détenir un bribe de ta réponse : un imbécile est, par définition, peu capable de comprendre, de raisonner, et d'agir judicieusement. Son attitude, ou ses propos, relèvent de l'idiotie. Alors, un imbécile est incapable d'un tel voyage. Quant à l'éreinté, il en est tout simplement incapable puisque harrasé.

Alors méfions-nous toujours des imbéciles ainsi que des éreintés, ils sont plus dangereux que les loups...

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27 février 2017

Famille, pelote et intelligence.

La famille, c'est avoir la chance d'être et d'exister sans aucun rapport de force. L'extérieur est froid, brutal et sans pitié. Ces rapports de force me fatiguent et pompent l'énergie nécessaire pour avancer positivement. 

La famille, c'est une pelote composée de plusieurs fils que sont chacun des membres de cette famille. Cette pelote se déroule tout au long de la vie. En douceur.

Un rapport de force empêche la pelote de se dérouler parfaitement. La douceur s'estompe.

Des noeuds se créent.

Un des fils s'échappent. Irrémédiablement.

-

Je pense à toi, fil volant dans le vent de ses vérités propres prenant la forme de calomnies lorsque l'heure des justifications publiques sonnent.

Je pense à toi, fil indépendant dépourvu d'âme, incapable d'agir autrement que par défiance, égoïsme et amour-propre. Crois-tu que démolir les autres t'apportera plénitude ?  Crois-tu que le mensonge permanent est réellement  inéluctable pour vivre bien ?

J'ai tendance à croire que l'intelligence est de savoir reconnaître sa sottise, ses torts, et d'admettre qui l'on est vraiment, en dépit de tout. Et sans impact négatif sur quiconque.

04 février 2017

Une envie irrémédiable de faire du mal.

et voilà      C'est fascinant de voir ses proches devenir ce qu'ils ont toujours voulu être. Il y a bientôt deux ans, j'étais encore persuadée que la perfection était dans l'enfance tandis que l'adulte n'était qu'un enfant qui a commencé à pourrir. Vous savez, il y a des personnes qui font naître en vous des choses insoupçonnées. Pour ma part, une seule à suffit à faire naître la haine et l'agressivité en moi. Une envie irrémédiable de faire du mal. Je ne m'en cache pas, car j'ai été cette personne que j'essaie de dompter aujourd'hui. Je comprends que chacun suit son chemin, qui n'est pareil à aucun autre, et personne n'aboutit au même lieu, dans la vie ni dans la mort. Je comprends également que certains êtres humains sont prêts à n'importe quoi pour leur bonheur. Mais tout le monde n'est pas capable d'être heureux, car pour ceux-là, le bonheur ne suffit pas.

Deux ans après, j'y pense encore. J'y pense.

Mais tu écoutais. Tu regardais. Mais rien ne t'intéressais. Rien d'autre que toi. Tu étais derrière un mur. Tu ne touchais pas à notre temps. Et ton passé, celui que tu as piétiné, te suivra dans le conscient et le subconscient de ta mémoire. 

 

 

 

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13 janvier 2017

Dis, comment vas-tu ?

Est-ce que tu écoutes, lorsque tu demandes à autrui s'il va bien ? Ou n'est-ce qu'un simple réflexe oral ? 

Lorsque tu demandes à quelqu'un si ça va, t'attends-tu à parler de toi-même rapidement, ou envisages-tu vraiment d'entendre ce que l'autre a à dire ? 

Le rendez-vous professionnel a tourné court. La personne attendue s'assied en face, tu l'observes. Son regard se perd dans le vide, les commissures de ses lèvres tombent légèrement. Et ses paupières supérieures s'affaissent continuellement. Tu sais déjà que ton rendez-vous ne va pas bien. Tu sais déjà qu'il est triste. 

D'une nature discète, j'observe, j'analyse. Je sais. 

- Comment tu vas ? demandais-je d'une voix rassurante. 

Mon interlocuteur va bien. Promptement, il commence à aborder le fameux sujet du rendez-vous puis s'arrête. Il se tourne vers moi, je ne le vois pas. J'ai la tête dans mon bol de thé. Il prend une photo et sourit pour de vrai : ses yeux se plissent sur chaque côté extérieur.

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- C'est marrant, tu es probablement la fille la plus calme et la plus discrète que j'ai rencontré jusqu'à présent. Probablement celle qui se plaint le moins, et qui sourit le plus. Certainement celle qui a le moins confiance en elle. Mais ça ne t'empêche jamais de t'asseoir à l'arrache, partout où tu mets les pieds. Si c'est pas par terre alors qu'il y a des places libres, c'est... comme ça, là.

Il montre ma position d'un geste de la tête et hausse les épaules. Son sourire sincère s'en est allé. Les micro-expressions de tristesse sur son visage sont revenues. Est-ce ma manière de m'asseoir qui efface ce sourire vrai de son visage ?

- Tu dois véritablement être calme et discrète de nature. Mais ton sourire est un réflexe, hein ? Une manière de faire en sorte que ton interlocuteur ne détecte pas ce qui ne va pas. Les gens qui sont tournés vers eux-mêmes ne verront pas cela. Ils ne verront qu'une fille souriante, calme et sympa. Alors qu'il suffit de le lire dans tes yeux. Et même si tu t'avises de lancer une perche, ils n'auront pas le temps pour toi. C'est ce qui se passe pour moi. Je me marre tous les jours, je chambre les gens, et quand je leur demande s'ils vont bien, j'en ai rien à foutre. Si moi je vais mal, je m'empresse d'en parler. Mais quand je demande si ça va à quelqu'un, et qu'on me dit que ça va pas terrible, ça me fait chier. J'ai pas envie de parler des autres, sauf si ça ne dure pas trop longtemps tu vois.

Je me demande où il veut en venir. J'ouvre la bouche mais il continue.

- Je sais que toi, quand tu demandes "comment tu vas?", tu écoutes toujours, t'en parles, tu accordes du temps aux autres. A chaque fois qu'on s'est vu, et que tu m'as demandé comment j'allais, tu attendais réellement ma réponse, et tu l'écoutais. Peu importe que j'allais bien ou mal, tu as toujours pris la peine d'en parler. Et en échange, t'as quoi ?

Il se tourne à nouveau vers moi.

- Combien de gens t'écoutent quand ils te demandent si tu vas bien ? Combien t'écoutes vraiment ? Combien prennent le temps de parler de toi, sans en venir à eux ?

Je ne réponds pas à ce qui me semble être une question réthorique.

- Hein ? insiste-t-il.

- Trois. 

Silence. Il passe commande au serveur. Un cappuccino. Il enlève enfin sa veste, se râcle la gorge et prend une grande inspiration.

- Tu comptes ton mec ?
- Oui, réponds-je, hésitante. 
- Il y a un membre de ta famille dans ces trois ?
- Oui, pourquoi ?
- Alors ça ne t'en fait plus qu'un. T'as qu'une seule personne qui, sans avoir aucun lien spécifique de base avec toi, écoute réellement ta réponse, lorsqu'elle demande comment tu vas.

Il enchaine :

- C'est bien. Beaucoup ne savent même pas combien de personne s'intéresse vraiment à elle. Beaucoup pensent, à tort, que tous leurs amis les écoutent vraiment alors que c'est faux. C'est putain de faux !

Il monte le ton soudainement puis regarde autour de lui. Ca le gêne de se faire remarquer. Mais quelque chose en lui cherche à sortir par tous les moyens.

Il rapproche sa chaise de la mienne. Le serveur lui apporte son cappuccino. Il le remercie en souriant. Ses paupières restent fixes. Il n'est pas sincère. Son sourire est faux. C'est le fameux sourire social qu'on utilise tous inconsciemment, tous les jours.
Il enlace sa tasse de ses mains et fixe la rue de l'autre côté de la vitre qui nous fait face.

- Mon plus vieux pote est mort dans un accident de la route. Il faisait beaucoup de vent hier soir, tu sais ? Bah, en fait je crois que c'est même pas à cause du vent. 

Il se parlait à lui-même avant de s'adresser à moi. Il n'attendait rien de ma part, et je n'avais rien à lui offrir. Si ce n'est mon temps, mon attention et mon silence.

- Je fais partie de ces gens qui n'écoutent jamais la réponse à leurs "ça va ?". J'ai la flemme d'écouter les problèmes des autres, parce que les miens sont déjà encombrants. Et parce que je préfère parler de moi. De ma meuf, de mon nouvel appart, de mon boulot qui m'emmerde.

Il se marre, lèvres serrées. Il regarde toujours l'extérieur.

- Putain, c'est fou. J'écoute que ce que j'ai envie d'écouter, je parle uniquement des sujets qui me plaisent. Autrement, j'en ai rien à foutre des autres et je sais que la plupart des gens sont comme moi, mais qu'ils sont pas foutus de l'assumer. Il faut de la force pour assumer. Et pour assumer le bâtard que l'on est parfois.

Il se tourne vers moi.

- Je n'avais pas pris de ses nouvelles depuis un mois. En fait, s'il n'en prenait pas de moi, je n'en prenais jamais de lui. Enfin si. Soit quand j'avais quelque chose à lui demander, ou qu'il postait un truc qui me faisait marrer sur facebook. Le genre de nouvelles à la con tu vois ? Tu t'en tapes vivement de la personne, tu te dis qu'un like sur son statut suffit à montrer que t'es présent. Nan mais genre ! Si on imagine que facebook n'existait pas, on pourrait pas mettre des likes à foison ! Et on aurait combien de vrais bons amis qui nous écoutent entièrement et sincèrement ? 352 ? Un, putain. Un seul, plus son mec et son frère, ou un autre membre de notre famille, par exemple. Comme toi. UN.

Il se tait.

- Mais lui, il m'envoyait parfois un "Bon week-end man" ou "J'espère que tout va bien mon jojo". Il demandait rien, il était juste là. Il pensait à moi alors que moi je ne pensais qu'à lui lorsque je voyais sa photo de profil sur ma putain d'appli facebook, quand il postait un truc ou qu'il likait un truc public.

La boule au ventre, je bois gorgée de thé sur gorgée de thé. J'ai envie de larmes. Ai-je envie de pleurer à cause de la mort de son ami ? Ou suis-je touchée par cet homme qui se repent devant moi ? Ou par la vérité dont il parle avec tant d'émotion ?

- J'ai appris qu'il n'allait pas terrible, il avait certains soucis et pas des moindres. Il devait être dans ses pensées lorsque l'accident s'est produit. Si ça se trouve, il pleurait au volant...

Qu'aurais-tu dit, toi ? Je pose ma tasse doucement, sans bruit, et me rassied correctement sur la chaise, face à la vitre. Je suis moins à l'aise dans cette position. J'humecte mes lèvres avant de répondre.

- Peut-être qu'il était dans ses pensées et peut-être même qu'il pleurait. Tu ne le sauras probablement pas. Mais aujourd'hui, et depuis ce matin, tu sais bien plus de choses qu'hier, au moment de t'endormir.
- Comment ça ?
- Si ton ami s'était réveillé ce matin, vivant, tu n'aurais pour autant pas pris de ses nouvelles. Tu ne te serais pas tellement rendu compte de tout ce dont tu viens de me parler. Est-ce que tu vas continuer à demander aux gens comment ils vont, tout en sachant éperdument que t'en as rien à foutre de leur réponse ? Ou est-ce que cette perte tragique, et la douleur qu'elle provoque en toi, va te permettre d'écouter davantage ?
- Je pense que je ne vais plus attendre qu'on me demande de mes nouvelles pour en prendre. Je ne pense pas être capable d'écouter tout le monde, mais au moins ceux qui sont là pour moi. Je veux dire, j'ai une bande de potes avec qui je me marre bien mais ce n'est que superficiel puisqu'en fait, ces types connaissent seulement ce que je veux bien leur faire connaître. Je pense à ce pote-là, ce pote de jeunesse. Celui qui a eu l'accident. Il a toujours été loin parce qu'il vadrouillait souvent, mais d'aussi loin que je me souvienne, il a toujours écouté mes réponses quand il me demandait "ça va ?", et il a toujours pris le temps d'en parler avec moi. Moi, c'était... quand j'avais le temps. Et envie, aussi...
- Tu ne peux plus rien y faire. Je sais pas quoi te dire.

Il se marre. Pour de vrai, cette fois.

- T'es pas désolée ?
- Désolée de quoi ?
- Mon pote est mort...
- C'est triste mais je ne le connaissais pas. Je suis triste pour toi, en revanche.
- Je cherche pas la pitié.
- Je compatis.
- T'es hyper juste. Je veux dire, tu fais pas semblant d'avoir de la peine, ni d'être profondément navrée. 
- Je le suis...
- Mais tu ne fais pas semblant.

Il range son téléphone dans sa veste, en profite pour sortir son porte-feuille ainsi que l'argent de la douloureuse.

- T'as ce sourire en coin, quand tu abordes un sujet épineux. T'es nerveuse à l'idée d'assumer tes réactions justes mais, merci.
- ...
- T'as raison. S'il n'était pas mort, je n'aurai pas pris de ses nouvelles ce matin. Je n'aurai certainement pas pensé à lui... et j'aurai même très probablement reçu un SMS de sa part ce soir : "Bon week-end". Soit j'aurai répondu "toi aussi", ou alors rien, en fonction de mon état au moment de recevoir le SMS. J'ai le temps de répondre ? Pas le temps ? J'ai envie d'y répondre, ou pas ?

Il souffle.

- Tu vas partir et aller te suicider ? je demande. Il me regarde, interloqué.
- Euh, non. Tu t'en soucies ?
- Non, je sais que tu ne le feras pas.
- T'es singulière, quand même.

Je lui souris et termine mon bol de thé.

- On reporte le rendez-vous, je suis désolé. 
- Bien sûr.
- Merci d'avoir aussi bien écouté. J'en avais besoin.

Devant le bar, juste avant de nous séparer, il me regarde fixement.

- Une seule personne t'écoute véritablement, en dehors de ton homme et de l'autre membre de ta famille... Je suis tout aussi désolé pour toi car les autres, ceux que tu écoutes, ne savent même pas que si tu ne dis jamais rien, cela ne signifie pas que tu n'as rien à dire.

Il replace son écharpe correctement.

- Je suis sûr que t'es le genre de nana à envoyer des SMS pour souhaiter une bonne semaine à ceux qui comptent, en dehors de ces trois personnes, mais qui ne pensent pas à toi sauf s'ils voient ta photo de profil sur leur fil d'actu facebook. Le genre de nana qui ne recoit jamais de réponse, ou une brève. Voire le genre de nana à qui on répond mais ensuite, c'est bon faut pas déconner, on a autre chose à foutre que de papoter toi et moi. Hein ? Les gens que tu écoutes, de qui tu prends des nouvelles, à qui tu souhaites un bon week-end, je suis certain que quand tu parles avec eux, ils cessent soudainement, en pleine conversation, de te répondre. Comme si là, tu te mettais à me répondre et qu'en plein milieu d'une de tes phrases je te tournais le dos, m'éloignant et disparaissant dans la bouche de métro.

Le visage enfoui dans mon écharpe-plaid, je ne sais pas ce qu'il attend de moi. Mon cerveau s'emballe.

Il parle. Il me parle. Comme s'il s'accusait lui-même d'être l'une de ces personnes qui coupent court aux conversations parce qu'il y a mieux à faire que de parler longuement, et profondément, d'une autre personne que de soi-même.

- Aller, je t'appelle pour qu'on remette ce rendez-vous et je suis vraiment vraiment désolé d'ajouter du retard au projet.
- On est exactement là où l'on devait être. Aucun souci, ne t'en fais pas.

Je souris sous mon écharpe et il le sait. Les petites rides d'expression se forment aux coins de mes yeux. Il me sourit en retour puis nous nous saluons pour de bon, avant de nous en aller. Chacun vers nos vies respectives. Jusqu'à ce qu'elles se recroisent à nouveau.

 

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20 décembre 2016

Se sentir mourir de vivre. - Emil Cioran

Pourquoi ne pouvons-nous demeurer enfermés en nous ? Pourquoi poursuivons-nous l’expression et la forme, cherchant à nous vider de tout contenu, à organiser un processus chaotique et rebelle ? Ne serait-il pas plus fécond de nous abandonner à notre fluidité intérieure, sans souci d’objectivation, nous bornant à jouir de tous nos bouillonnements, de toutes nos agitations intimes ? Des vécus multiples et différenciés fusionneraient ainsi pour engendrer une effervescence des plus fécondes, semblable à un raz de marée ou un paroxysme musical. Être plein de soi, non dans le sens de l’orgueil, mais de la richesse, être travaillé par une infinité intérieure et une tension extrême, cela signifie vivre intensément, jusqu’à se sentir mourir de vivre. Si rare est ce sentiment, et si étrange, que nous devrions le vivre avec des cris. Je sens que je devrais mourir de vivre et me demande s’il y a un sens à en rechercher l’explication. Lorsque le passé de l’âme palpite en vous dans une tension infinie, lorsqu’une présence totale actualise des expériences enfouies, qu’un rythme perd son équilibre et son uniformité, alors la mort vous arrache des cimes de la vie, sans qu’on éprouve devant elle cette terreur qui en accompagne la douloureuse obsession. Sentiment analogue à celui des amants lorsque, au comble du bonheur, surgit devant eux, fugitivement mais intensément, l’image de la mort, ou lorsque, aux moments d’incertitude, émerge, dans un amour naissant, la prémonition de la fin ou de l’abandon.

 

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18 septembre 2016

Metanoïa.

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Metanoïa 
(n. grec) : se donner une norme de conduite différente, supposée meilleure. Transformation de la psyché ar une sorte de guérison initiée par des forces inconscientes. Il s’agit d’une transformation complète de la personne, transformation qui ressemble beaucoup à celle qui se passe à l’intérieur d’une chrysalide.

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